Ça y est la Casa Branca est vendue!
Une bien triste nouvelle pour tous ceux qui auront eu la chance de vivre quelques jours, bien souvent quelques mois ou années entre ses murs. Elle semble aujourd'hui une vieille dame fatiguée, ternie et usée par l'âge et les nombreuses fêtes, à la tuyauterie déplorable... . Mais, vendue à un couple de nantis anglo-brésiliens, elle va bientôt se payer une batterie de liftings et autres opérations coûteuses, puis redevenir finalement la grande bourgeoise aux bijoux clinquants qu'elle a été dans sa jeunesse.
Pour ma part, je me souviendrai avec tendresse des bons moments passés avec ses nombreux habitants. Les gens, d'abord, venues du monde entier et partageant le même sens de la collectivité et du partage malgré les différences culturelles. J'oublierai bientôt les vols incessants dans le réfrigérateur et les montagnes de vaisselle sale s'éparpillant jusque sur le sol de la cuisine, pour ne garder le souvenir que des churrascos animés et des nombreux verres échangés sur la terrasse en regardant la mer.
Mais je veux aussi parler de ses nombreux habitants inférieurs sur l'échelle de Darwin, nos amis les insectes, les amphibiens, les reptiles, les mamifères et même ceux dont je ne connais pas la famille. Et oui, cafards, grenouilles, araignées, rats, gekos et autres lézards, ainsi que plusieurs colonies de fourmis et un chat avaient trouvés un refuge ou une source d'abondante nourriture au sein de notre chère maison.
Chaque matin avant le petit déjeuner, il fallait balayer le plan de travail de la cuisine de plusieurs régiments de fourmis issus de tribus différentes, parfois on devait aussi passer un grand coup de balai, de la poubelle de la cuisine à la porte d'entrée, pour anihiler l'autoroute d'une légion de fourmi Atta en campagne de ravitaillement(grosses fourmis noires qui n'hésite pas à te pincer l'orteil si tu les défies).
...Et que dire de ce moment d'anthologie oú, déplaçant le seau de produits d'entretien qui bloquait la porte de la cuisine, un gros rat en sortit et sauta littéralement sur mon pied pour se glisser dans un trou menant directement au placard ou nous rangions tous les ustensiles. Il semblait connaître le chemin par coeur ce saligot!
Ah, et le jour où les eaux usées refusaient de s'écouler correctement, notre chère maison faisant une crise de rétention, une chose bien étrange se glissa sur le mur de la cuisine, il me semble qu'il s'agit d'une sangsue, j'ai eu le plaisir d'imortaliser ce moment :

Je vous passe les gekos se baladant en permanence sur le plafond de la salle à manger, les gros cafards que j'avais à tuer tous les soirs d'été dans la salle de bains pour prendre ma douche (quand ils n'étaient pas directement dans l'évier de la cuisine), la grenouille sur laquelle j'ai marché dans ma chambre au pied de mon lit il y a trois jours, ou encore les fourmis qui restent collées sous les pieds au moment d'aller se coucher, et cette chose inconnue que je n'ai toujours pas localisée qui fait un bruit de gargouillis terrible et irrégulier, tout près de la fenêtre de ma chambre pendant toute la nuit (je pense à une chauve-souris, Rafaéla suggére un crapaud géant endémique, pour Rosa se serait un gros rat, mais je n'en ai aucune idée)...
Enfin, tout ça n'a que peu d'importance en comparaison de la vue sublime qui nous accueillait chaque matin et le plaisir de vivre à la fois un peu dans la forêt, un peu dans la montagne et un peu à la plage.
Avec la vente de la maison, c'est donc un épisode heureux de ma vie qui se tourne, un endroit où j'ai rencontré des gens merveilleux, où l'amitié, l'amour et la joie ont connues une période d'abondance et où malgré les inconvénients matériels, il faisait bon vivre.