Allez...
la plage, les palmiers, le soleil, tout ça c'est bien joli mais
c'est pour les touristes!
Quand
on vit à Rio toute l'année, la réalité est souvent différente.
Je vous ai parlé du Mundial, mais je ne peux pas évoquer les
galères quotidiennes de la vie carioca sans vous parler des bus.
Vous
vous souvenez, leurs tarifs prohibitifs avaient déclenché les
revoltes populaires de juin dernier... Et bien les gens se sont remis
à manifester il y a deux semaines, après la hausse du tarif à 3
reais. Malheureusement, en plein été et juste avant le carnaval, la
grogne sociale est atténuée par la gueule de bois et le mouvement
n'a pas été très suivi. La mort malencontreuse d'un caméraman de
la télévision ajusté par un manifestant muni d'un feu d'artifice
n'a d'ailleurs pas arrangé le tableau.
Bref,
voici un peu comment ça se passe quand on se déplace en bus à Rio
(c'est à dire quand on a pas de voiture et qu'on a pas de quoi se
payer un taxi, le métro se résumant à deux lignes bien
maigrichonnes au regard de l'immensité de la ville... mais c'est un
autre débat).
En
règle générale, le traffic à Rio est une horreur. Les véhicules
ne respectent absolument pas les piétons. Et les gens conduisent
comme des adolescents alcooliques n'ayant jamais passé leur permis.
Ils accélèrent quand tu traverses la rue. C'est un fait culturel.
Homme, femme, vieux, jeune. Ils accélèrent tous quand ils voient
un piéton traverser la rue et il le vise. Oui, il dévie
littéralement pour faire semblant de l'écraser. Ça fait partie de
la culture carioca. Alors bon, quand tu sais ça, tu ne t'attends pas
beaucoup au respect du code de la route, que ce soit de la part des
bus ou des autres véhicules.
En
ce qui concerne les bus, premier point désagréable : l'attente.
Il
faut savoir que les bus n'ont pas d'horaires fixes. Par contre il y
en a beaucoup. Il arrive qu'il en passe parfois 3 du même numéro
côte à côte. Si tu as le malheur de les louper, le suivant se fait
attendre pendant au moins trois quart d'heures. C'est comme ça. Il y
a aussi des bus qui passent beaucoup plus souvent que d'autres : tu
vois passer passer 15 fois le même bus et tu attends le tien pendant
35 minutes. Et ton retard se répercute ensuite sur la journée
entière.
Un
autre grand moment de desespoir est de voir enfin son bus passer
mais, gêner par un autre bus au même arrêt, ou peut-être
simplement presser par une envie de pisser, va savoir, il continue sa
route sans même ralentir. Il m'est arrivé d'en voir passer trois de
suite comme ça. Résultat : 25 minutes de retard. Donc voilà,
toujours prévoir au moins 15 minutes d'avance. Ce qui ne
t'empêcheras pas d'arriver parfois 30 minutes en retard. En général,
les gens ne réclament pas trop, ici tout le monde connait la galère,
c'est une excuse courante. Elle justifie même des retards
volontaires, parfois.
Quand on ne connaît pas encore très
bien les innombrables lignes et leurs itinéraires, il y a aussi
l'erreur classique de prendre un bus qui va au bon endroit mais en
passant par des routes infernales. Par exemple, passer par Lagoa et
l'avenue Epitácio Pessoa pour aller de Leblon à Botafogo aux heures
de pointe : 1h15 de trajet alors qu'en passant par copacabana, c'est
30 minutes maxi. Bien sûr, le chauffeur, quand tu lui demandes,
"vous allez à Botafogo?" Il répond par un hochement de
tête laconique, mais jamais il va te dire qu'il passe par Lagoa. Il
s'en fout, pour lui c'est la même chose. Ou peut-être qu'il a juste
envie de te faire chier parce que tu as un accent étranger. Lá
encore, va savoir ce qui lui passe par la tête au type.
Le
style de conduite des chauffeurs est également assez pitoresque. Ça
secoue, c'est le moins qu'on puisse dire. Ils doivent tous avoir une
tendresse profonde pour la Formule 1 et idolâtrer les pilotes. Ils
oublient parfois qu'une cinquantaine de passagers profitent de la
course et qu'il est difficile de battre des records dans les
embouteillages. Ça se résume en : Champignon. Frein. Champignon.
Frein. Changement de file. Klaxon. Champignon. Frein. Champignon.
Klaxon. Frein. Klaxon. Changement de file. Etc.
Et
quand la route est dégagée, c'est pire. L'accélérateur gronde,
les freins couinent, ça pèsent méchamment sur les amortisseurs
(l'état de la route n'aide pas), ça penche dangereusement dans les
virages. Entre eux, les bus se tirent la bourre. Les queues de
poissons se multiplient. Ils foncent comme des cinglés et tu te
retrouves à faire le signe de croix comme tes voisins quand ils
passent devant une église. Sauf que pour ta part, l'église tu t'en
fous.
J'en
soupçonne certains d'être ivre (ou pire, défoncés), surtout les
weekends quand ils n'arrivent plus à s'arrêter aux bons arrêts de
bus ou qu'ils repartent alors que tu as à peine pauser ton premier
pied par terre. Les mères accompagnées de leurs enfants ne manquent
pas de crier avant chaque descente : " Ça descend avec un
enfant dans les bras!!" Même chose pour les petites vieilles.
C'est de la prudence élémentaire.


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