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mercredi 12 mars 2014

Os ônibus do Rio de Janeiro (2)

Dans les bus de Rio, il est très important de savoir conserver son équilibre. Et compte-tenu du style des chauffeurs, il est forcément précaire. Voici la régle fondamentale, que tu apprends vite après t'être casser la gueule une ou deux fois : Dans les bus tu te tiens à DEUX MAINS. Pas UNE mais DEUX. Si tu te tiens à une seule main, tu te retrouves à t'étaler sur quelqu'un. Quand tu avances, tu dois faire balancier d'une main sur l'autre, comme un singe sur les branches d'un arbre, et ne jamais (au grand jamais!) te retrouver sans l'une des barres dans les mains. Beaucoup en ont fait les frais. 

Cette règle pose pas mal de problème si tu as plusieurs trucs dans les mains, par exemple une guitare, ou une cannette de bière. Surtout que tu payes et que tu dois ranger ta monnaie : un moment maintes fois critique à cause de cette satanée roulette. Un truc très chiant, étroit, qui ne laisse pas d'énerver et de poser problème.


Bon, le métier de conducteur de bus est difficile, et très précaire : en début de carrière, ils gagnent un peu plus de 1000 reais. Une légende dit qu'ils sont payés au tour, mais j'ose espérer que ce n'est qu'une légende. Le secteur détient aussi le record des cas de skyzophrénie. Et ça s'est prouvé.


Le métier de cobrador (caissier), s'il est tout aussi précaire, paraît moins fatiguant : parfois tu dois le réveiller pour payer. Si tu lui donnes beaucoup de pièces, en général il ne compte pas ton argent (comme un peu partout ici, d'ailleurs). Comme je disais, le passage de la roulette est étroit et pose vite problème. Les vendeurs ambulants, qui te proposent des friandises dans le bus, passent donc par la porte de derrière (la sortie), comme les enfants en bas-àges, les handicapés, les mendiants, les drogués et les marginaux qui veulent resquiller.







Un des problèmes majeurs des bus de Rio est la surpopulation lors des heures de pointe.

Chaque jour, sur certaines lignes et à certaines heures, le bus est surchargé. Au point qu'il arrive mème qu'un type reste coincé dans la porte, ce qui n'empèche pas le chauffeur de rouler. Maintenant je vous laisse imaginer un voyage de plusieurs heures debout dans les embouteillages dans un bus surchargé avec une chaleur de 40 degrés. Vous aurez une petite idée de l'enfer que vit le travailleur brésilien qui habite en banlieue et travaille dans le centre. 




Bien sûr, avec tout ça, les accidents sont légion. En cherchant un peu sur google, on remarque que les bus sont la plus grande cause d'accident de la ville de Rio. Il arrive de voir des piétons écrasés, des bus qui sortent de la route et fauchent tout le monde sur les trottoirs pour finir leurs courses encastrés dans une boutique ou un restaurant. Les victimes sont souvent des usagers attendant à l'arrêt (trois, la semaine oú j'écris ces lignes), des cyclistes ou des motos renversés.




Dans le genre spectaculaire, l'année dernière, un bus à bondit d'un viaduc et s'est écrasé en dessous, tuant 7 personnes. La vidéo surveillance a montré que le chauffeur s'est engueulé avec un passager et a pété un plomb...




Alors pourquoi un statu quo et rien de fait pour améliorer ça à l'aube de la coupe du monde et des jeux olympiques me direz-vous? Et bien, d'abord parce que les bus c'est le moyen de transport du pauvre. Et les pauvres, on s'en fout. Et ensuite parce que ceux qui dirigent à Rio, ce ne sont pas les politiques, le maire, le gouverneur, etc. mais ceux qui financent leur campagne et qui les arrosent le cas échéant. Devinez qui? 

Les directeurs des compagnies de bus, bien sûr ! Ils sont richissimes jusqu'à la nausée. Au point que l'année dernière, ils ont suffisament graissé la patte aux conseillers municipaux pour faire annuler le projet de loi qui allait les obliger à la transparence financière. Et oui, les bus naviguent dans des eaux bien troubles. On est encore très loin d'un service qui soit publique et de qualité.


dimanche 9 mars 2014

Os ônibus de Rio de Janeiro (1)

Allez... la plage, les palmiers, le soleil, tout ça c'est bien joli mais c'est pour les touristes!
Quand on vit à Rio toute l'année, la réalité est souvent différente. Je vous ai parlé du Mundial, mais je ne peux pas évoquer les galères quotidiennes de la vie carioca sans vous parler des bus.

Vous vous souvenez, leurs tarifs prohibitifs avaient déclenché les revoltes populaires de juin dernier... Et bien les gens se sont remis à manifester il y a deux semaines, après la hausse du tarif à 3 reais. Malheureusement, en plein été et juste avant le carnaval, la grogne sociale est atténuée par la gueule de bois et le mouvement n'a pas été très suivi. La mort malencontreuse d'un caméraman de la télévision ajusté par un manifestant muni d'un feu d'artifice n'a d'ailleurs pas arrangé le tableau.


Bref, voici un peu comment ça se passe quand on se déplace en bus à Rio (c'est à dire quand on a pas de voiture et qu'on a pas de quoi se payer un taxi, le métro se résumant à deux lignes bien maigrichonnes au regard de l'immensité de la ville... mais c'est un autre débat).




En règle générale, le traffic à Rio est une horreur. Les véhicules ne respectent absolument pas les piétons. Et les gens conduisent comme des adolescents alcooliques n'ayant jamais passé leur permis. Ils accélèrent quand tu traverses la rue. C'est un fait culturel. Homme, femme, vieux, jeune. Ils accélèrent tous quand ils voient un piéton traverser la rue et il le vise. Oui, il dévie littéralement pour faire semblant de l'écraser. Ça fait partie de la culture carioca. Alors bon, quand tu sais ça, tu ne t'attends pas beaucoup au respect du code de la route, que ce soit de la part des bus ou des autres véhicules.


En ce qui concerne les bus, premier point désagréable : l'attente.
Il faut savoir que les bus n'ont pas d'horaires fixes. Par contre il y en a beaucoup. Il arrive qu'il en passe parfois 3 du même numéro côte à côte. Si tu as le malheur de les louper, le suivant se fait attendre pendant au moins trois quart d'heures. C'est comme ça. Il y a aussi des bus qui passent beaucoup plus souvent que d'autres : tu vois passer passer 15 fois le même bus et tu attends le tien pendant 35 minutes. Et ton retard se répercute ensuite sur la journée entière.


Un autre grand moment de desespoir est de voir enfin son bus passer mais, gêner par un autre bus au même arrêt, ou peut-être simplement presser par une envie de pisser, va savoir, il continue sa route sans même ralentir. Il m'est arrivé d'en voir passer trois de suite comme ça. Résultat : 25 minutes de retard. Donc voilà, toujours prévoir au moins 15 minutes d'avance. Ce qui ne t'empêcheras pas d'arriver parfois 30 minutes en retard. En général, les gens ne réclament pas trop, ici tout le monde connait la galère, c'est une excuse courante. Elle justifie même des retards volontaires, parfois.


Quand on ne connaît pas encore très bien les innombrables lignes et leurs itinéraires, il y a aussi l'erreur classique de prendre un bus qui va au bon endroit mais en passant par des routes infernales. Par exemple, passer par Lagoa et l'avenue Epitácio Pessoa pour aller de Leblon à Botafogo aux heures de pointe : 1h15 de trajet alors qu'en passant par copacabana, c'est 30 minutes maxi. Bien sûr, le chauffeur, quand tu lui demandes, "vous allez à Botafogo?" Il répond par un hochement de tête laconique, mais jamais il va te dire qu'il passe par Lagoa. Il s'en fout, pour lui c'est la même chose. Ou peut-être qu'il a juste envie de te faire chier parce que tu as un accent étranger. Lá encore, va savoir ce qui lui passe par la tête au type.




Le style de conduite des chauffeurs est également assez pitoresque. Ça secoue, c'est le moins qu'on puisse dire. Ils doivent tous avoir une tendresse profonde pour la Formule 1 et idolâtrer les pilotes. Ils oublient parfois qu'une cinquantaine de passagers profitent de la course et qu'il est difficile de battre des records dans les embouteillages. Ça se résume en : Champignon. Frein. Champignon. Frein. Changement de file. Klaxon. Champignon. Frein. Champignon. Klaxon. Frein. Klaxon. Changement de file. Etc.

Et quand la route est dégagée, c'est pire. L'accélérateur gronde, les freins couinent, ça pèsent méchamment sur les amortisseurs (l'état de la route n'aide pas), ça penche dangereusement dans les virages. Entre eux, les bus se tirent la bourre. Les queues de poissons se multiplient. Ils foncent comme des cinglés et tu te retrouves à faire le signe de croix comme tes voisins quand ils passent devant une église. Sauf que pour ta part, l'église tu t'en fous.



J'en soupçonne certains d'être ivre (ou pire, défoncés), surtout les weekends quand ils n'arrivent plus à s'arrêter aux bons arrêts de bus ou qu'ils repartent alors que tu as à peine pauser ton premier pied par terre. Les mères accompagnées de leurs enfants ne manquent pas de crier avant chaque descente : " Ça descend avec un enfant dans les bras!!" Même chose pour les petites vieilles. C'est de la prudence élémentaire.