Dans
les bus de Rio, il est très important de savoir conserver son
équilibre. Et compte-tenu du style des chauffeurs, il est forcément
précaire. Voici la régle fondamentale, que tu apprends vite après
t'être casser la gueule une ou deux fois : Dans les bus tu te tiens
à DEUX MAINS. Pas UNE mais DEUX. Si tu te tiens à une seule main, tu te retrouves à t'étaler sur quelqu'un. Quand tu avances, tu dois faire balancier d'une main sur l'autre, comme un singe sur les branches d'un arbre, et ne jamais (au grand jamais!) te retrouver sans l'une des barres dans les mains. Beaucoup en ont fait les frais.
Cette
règle pose pas mal de problème si tu as plusieurs trucs dans les
mains, par exemple une guitare, ou une cannette de bière. Surtout
que tu payes et que tu dois ranger ta monnaie : un moment maintes
fois critique à cause de cette satanée roulette. Un truc
très chiant, étroit, qui ne laisse pas d'énerver et de poser
problème.
Bon, le métier de conducteur de bus
est difficile, et très précaire : en début de carrière, ils
gagnent un peu plus de 1000 reais. Une légende dit qu'ils sont payés au tour, mais j'ose espérer que ce n'est qu'une légende. Le secteur
détient aussi le record des cas de skyzophrénie. Et ça s'est
prouvé.
Le
métier de cobrador (caissier), s'il est tout aussi précaire, paraît moins fatiguant : parfois tu dois
le réveiller pour payer. Si tu lui donnes beaucoup de pièces, en
général il ne compte pas ton argent (comme un peu partout ici,
d'ailleurs). Comme je disais, le passage de la roulette est étroit
et pose vite problème. Les vendeurs ambulants, qui te proposent des
friandises dans le bus, passent donc par la porte de derrière (la
sortie), comme les enfants en bas-àges, les handicapés, les
mendiants, les drogués et les marginaux qui veulent resquiller.
Un
des problèmes majeurs des bus de Rio est la surpopulation lors des
heures de pointe.
Chaque
jour, sur certaines lignes et à certaines heures, le bus est
surchargé. Au point qu'il arrive mème qu'un type reste coincé dans
la porte, ce qui n'empèche pas le chauffeur de rouler. Maintenant je
vous laisse imaginer un voyage de plusieurs heures debout dans les
embouteillages dans un bus surchargé avec une chaleur de 40 degrés.
Vous aurez une petite idée de l'enfer que vit le travailleur
brésilien qui habite en banlieue et travaille dans le centre.
Bien
sûr, avec tout ça, les accidents sont légion. En cherchant un peu
sur google, on remarque que les bus sont la plus grande cause
d'accident de la ville de Rio. Il arrive de voir des piétons
écrasés, des bus qui sortent de la route et fauchent tout le monde
sur les trottoirs pour finir leurs courses encastrés dans une
boutique ou un restaurant. Les victimes sont souvent des usagers
attendant à l'arrêt (trois, la semaine oú j'écris ces lignes),
des cyclistes ou des motos renversés.
Dans
le genre spectaculaire, l'année dernière, un bus à bondit d'un
viaduc et s'est écrasé en dessous, tuant 7 personnes. La vidéo
surveillance a montré que le chauffeur s'est engueulé avec un
passager et a pété un plomb...
Alors pourquoi un statu quo
et rien de fait pour améliorer ça à l'aube de la coupe du monde et
des jeux olympiques me direz-vous? Et bien, d'abord parce que les bus
c'est le moyen de transport du pauvre. Et les pauvres, on s'en fout.
Et ensuite parce que ceux qui dirigent à Rio, ce ne sont pas les
politiques, le maire, le gouverneur, etc. mais ceux qui financent
leur campagne et qui les arrosent le cas échéant. Devinez qui?
Les
directeurs des compagnies de bus, bien sûr ! Ils sont richissimes
jusqu'à la nausée. Au point que l'année dernière, ils ont
suffisament graissé la patte aux conseillers municipaux pour faire
annuler le projet de loi qui allait les obliger à la transparence
financière. Et oui, les bus naviguent dans des eaux bien troubles. On est
encore très loin d'un service qui soit publique et de qualité.


